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Episode 7 : « Ta vie avec » Le cycle de l’immobilité

Episode 7 : « Ta vie avec » Le cycle de l’immobilité

Bienvenue dans « Ta vie avec »

Le podcast où on parle de différence. Aujourd’hui, on parle du cycle de l’immobilité avec Antoine du compte instagram @cerveaumuscle.

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Retranscription Épisode 7


Bon matin et bienvenue dans Ta vie avec, le podcast où on échange sur nos différences. Je suis Leïla Kadi Louche, coach de vie certifiée et accompagnatrice au changement. On se retrouve pour l’épisode 7 sur le cycle de l’immobilité. Avec Antoine, du compte instagram @cerveaumuscle qui est aussi kiné.

LKL : Salut Antoine !

Antoine : Hello !

LKL : Est ce que tu peux te présenter pour les personnes qui ne te connaissent pas ?

A: Bien sur ! Donc je m’appelle Antoine, Cerveau Musclé sur instagram, j’ai 25 ans. Je suis kinésithérapeute en libéral en région parisienne, donc en France. J’ai eu un master 2 l’an dernier en psychologie, contrôle du mouvement et performance sportive et j’ai démarré une thèse qui s’intéresse au lien des structures cérébrales entre la douleur chronique et l’anxiété.

LKL : Super, merci ! En tant que kiné et avec la thèse que tu es en train de préparer, enfin toutes les compétences que tu as, est-ce que tu peux m’expliquer à moi, novice, ce qui se passe dans le corps quand on ne bouge pas ?

A: Alors quand on ne bouge pas, il y a énormément de choses qui se passent. En fait on pensé malheureusement trop longtemps que c’était juste au niveau musculaire qu’il y avait une action de la sédentarité et en fait on se rend compte que la sédentarité c’est vraiment quelque chose qu’on dit systémique. C’est à dire qui va toucher toutes les structures du corps ; que ce soit au niveau de la régulation métabolique, il y a des problématiques qui sont liées à la sédentarité ; bien sur au niveau musculaire ; au niveau articulaire, on va avoir un diminution de la densité osseuse au niveau des genoux et des pieds par exemple ; au niveau cardio respiratoire, on va perdre en capacité cardio respiratoire ; au niveau pulmonaire, c’est pareil ; au niveau cérébral, je vais le faire à l’envers. On a remarqué que les personnes sportives ont de meilleures capacités cognitives, cérébrales, si je puis faire simple, par rapport aux personnes sédentaires. Donc vraiment, la sédentarité c’est pas juste le manque d’activité physique, c’est vraiment un cas à part, c’est au delà de ne pas faire de sport, c’est finalement un état qui caractérise les gens qui font, on va dire moins d’une demi-heure d’activité physique par jour. Et par activité physique, j’entends les personnes qui font moins d’une demi-heure de marche par jour. Pour moi, la problématique aujourd’hui, c’est qu’on en est à recommander 30 minutes de marche par jour, c’est grave, à mon avis.

LKL : Moi je t’expliquais que j’ai été sédentaire par ma fibromyalgie, par rapport à mes douleurs, avant de comprendre que le mouvement était une aide. Et en fait, quand j’ai recommencé à bouger, je me suis rendue compte qu’il y avait plein de symptomes que j’avais et que j’attribuais à la fibromyalgie, qui étaient en fait dûs à la sédentarité, la tachycardie notamment.

A : Tout à fait.

LKL : Et du coup, je parle de mon cas parce que c’est ce que je connais, je ne suis pas une professionnelle de la santé, réintroduire du mouvement a fait du bien. Mais quand j’allais chez le médecin, il me disait qu’il fallait bouger et aller faire un kilomètre à la piscine, sauf que pour moi, marcher 20 mètres c’était déjà le bout du monde. Faire mon lit était une activité physique pour moi. Quand on a des restrictions comme ça par une maladie ou un handicap, comment on reprends une activité physique ?

A : Alors ça en fait, c’est la meilleure question que tu puisse me poser parce que je dirais que c’est 99% de mes problèmes en cabinet. Notamment avec des patients qui ont pu être comme toi, ou le moindre mouvement pouvait être difficile. En fait, comment reprendre une activité physique, on va faire simple, on va partir d’un exemple, ce sera plus simple pour moi. Alors, une patiente que j’ai eu, qui était coiffeuse et qui avait extrêmement mal à l’épaule… Donc coiffeuse, mal à l’épaule, tout de suite, on voit la problématique se dessiner. Le simple fait de poser sa main dessus ça faisait mal donc c’était compliqué. Et elle voulait s’en sortir, donc forcer sur sa douleur, et en forçant sur sa douleur elle s’est rendue compte que c’était de pire en pire. Donc ce qu’on a fait, c’est qu’au lieu de faire des gestes, d’activité physique on va dire stéréotypés, on va dire de renfort musculaire classique, on a plutôt trouvé des choses qui lui faisaient plaisir. Il y a une notion très importante pour moi dans le mouvement, certes l’activité physique a démontré ses bienfaits, mais est ce que c’est grâce à l’activité physique en elle même ou grâce au plaisir qu’elle procure? C’est le nouveau challenge, on va dire pour les années 2020. Donc l’idée c’est de voir les centres d’intérêts de chacun. Donc cette femme là, un truc tout bête, elle aimait bien préparer des cocktails, donc on s’est amusés à prendre un verre et à faire comme si on faisait des cocktails, comme si elle remuait ses ingrédients. Et le fait de faire quelque chose qu’on aime, ça va capter notre attention. Et il faut savoir que la douleur, c’est un système qui est très attentionnel. Quand on mal, on va particulièrement faire attention à ça. Alors que quand on va faire quelque chose d’autre, la douleur va “disparaître”, elle va être occultée. C’est pour ça que pour moi, pour reprendre une activité physique, dans le cas des gens qui ont des douleurs ou des complications par rapport à ça, c’est d’abord une notion de plaisir, pas une notion de dose. La dose, on s’en fout, c’est chacun son rythme, c’est progressif et c’est surtout une notion de plaisir. Pour moi c’est le plus important dans la reprise du mouvement et à posteriori de l’activité physique.

LKL : Il y a deux croyances dont j’aimerai qu’on parle que je retrouve beaucoup chez mes clients et que j’ai eues moi même. Il y a la croyance de “si c’est pour marcher 20 mètres, ça ne sert à rien”, et la croyance de “si je bouge, ça va empirer ma douleur”.

A : Je vais commencer par la deuxième “si je bouge, ça va empirer ma douleur”. Ca peut être vrai, ça peut complètement vrai. Il y a des gens qui bouge et qui ont encore plus mal et ça nous renvoie à ce qu’on disait tout à l’heure. Au début il va falloir les rassurer et trouver un mouvement qui justement ne leur fait pas mal pour qu’ils puissent se dire “ah bah celui là, ça va, il ne me fait pas trop mal, je peux le faire”. Déjà, on est dans une approche un peu plus psychologique on va dire, ou les gens vont se dire “ce ne sont pas tous les mouvements qui me font mal, ce sont certains mouvements”. Et deuxièmement, on a une technique, on a un paradigme qui s’appelle l’exposition graduelle. L’exposition graduelle, on va prendre un exemple : se pencher en avant pour ramasser un objet, plier le dos en deux pour ramasser un objet. Ca fait mal à une personne et elle a très peur de faire ce mouvement et pourtant elle est embêtée parce qu’elle voudrait soulever son gamin. Il y a une peur et une nécessité. L’exposition graduelle c’est de partir d’autres positions, par exemple une position allongée ou une position assise, et de travailler ce mouvement là sans le dire au patient. Parce que le fait de lui dire, ça va créer des mécanismes défensifs qui vont redéclencher de la douleur. Donc désolé de le dire un peu franchement mais, il faut fermer sa bouche en tant que thérapeute quand on fait ça. Et en fait, à force de faire ça, la personne ne va même pas s’en rendre compte et elle va le faire. Après c’est notre boulot à nous de dire “ah ben vous voyez, le mouvement que vous avez fait là, ça ressemble beaucoup au mouvement qui vous fait peur”. Et petit à petit la personne va se dire “oui, c’est vrai, ça passe”. Bien sur à un moment, elle va dire “oui mais c’est quand même pas pareil que quand je suis debout et que je me plie en deux” à juste titre, mais à force de le travailler, avec des charges, des difficultés croissantes, on va y arriver. Ça en fait c’est tiré des thérapies cognitives comportementales. C’est l’exemple de ceux qui ont peur de l’ascenseur, qui ont une phobie de l’ascenseur. On va leur faire ouvrir une porte, appuyer sur un bouton, puis progressivement les amener vers la situation difficile. C’est une sorte de reprogrammation du cerveau si je puis dire. 

Ta première question, rappelle la moi.

LKL : C’était sur deux croyances limitantes, l’autre c’était “si c’est pour marcher 20 mètres, ça ne sert à rien”.

A : Bah alors à la limite, se lever le matin pour gagner 1200 balles ça ne sert a rien, boire un verre d’eau dans une journée ça ne sert a rien, bref, là on n’avance pas. Et en fait j’ai envie de dire que le premier pas, c’est le premier pas d’une aventure, c’est le premier pas du chemin. C’est comme quand quelqu’un va faire un voyage de mille kilomètres en voiture, on pourrait lui dire 1 kilomètre ça ne sert à rien et pourtant on est juste en train d’accumuler 1km + 1km + 1km et ainsi de suite. Et en fait, chaque pas a son importance, je ne parle même pas des 20 mètres, pour s’en sortir. Et peut être qu’au bout des 20 mètres, on va se dire “je peux faire un peu plus” ou “j’ai envie de recommencer”, et ça va faire naître en nous des choses un peu différentes. Alors pareil là sur le coupe j’ai pas d’articles ou de littérature qui me viennent à l’esprit. C’est plutôt une réflexion personnelle et du bon sens commun de se dire “il faut le faire” et en le faisant ça va peut-être motiver à en faire encore plus, ça va peut être redonner goût à faire ça. Donc pour moi, même 2 mètres c’est important, même se lever c’est important. Je travaille avec des patients qui ont des problèmes neurologiques et le simple fait de décoller leurs fesses de la chaise, c’est difficile. On pourrait se dire que ça ne sert à rien et pourtant ça fait fonctionner plein de systèmes musculaires, ça fait fonctionner notre cerveau, etc. Donc tout mouvement de toute façon est bon à prendre. Et je dirais à ces personnes là, qu’elles le veuillent ou non, leur corps est toujours en mouvement, que ce soit le coeur ou que ce soit la respiration, on est toujours en mouvement. Donc d’en rajouter un petit peu, même si c’est qu’un petit peu et bien c’est toujours pertinent, toujours.

LKL: Je relirai ça à ce que tu disais tout à l’heure sur le mouvement : au lieu de la notion de mouvement, voir la notion de plaisir. Et pareil, au lieu de voir que 20 mètres ça ne sert à rien, voir que là c’est peut être 20 mètre mais que dans trois mois ce sera peut être 60 et que ça voudra peut être dire pouvoir aller à la boulangerie seule.

A : Oui par exemple. Là par contre, tu mets une notion d’objectif et j’aime bien cette notion d’objectif avec mes patients. Moi je vois ça comme un échelle. Une échelle c’est simple, c’est une succession de barreaux pour arriver au plus haut point de l’échelle. Maintenant imaginons qu’on enlève ces barreaux, qu’on ne laisse que le premier barreau et le dernier barreau. C’est impossible d’atteindre le dernier barreau, c’est à dire l’objectif final si je puis dire. Alors que si on rajoute des petits barreaux entre, en grimpant ces petits barreaux on va y arriver. Alors par exemple le premier petit barreau ce serait 20 mètres et le deuxième 25 et le troisième 30. C’est pas grave si les barreaux sont très rapprochés, on s’en fiche, on n’est pas obligés de s’accrocher à chaque barreau mais on est obligés d’en mettre pour arriver à l’objectif final. Par exemple comme tu le disais, aller à la boulangerie. Donc il faut en fait “objectiver”, c’est à dire créer des objectifs pour chaque tâche, pour chaque mouvement, pour que les gens se rendent compte de l’intérêt de faire ça. Parce que c’est vrai que si je dis à un de mes patient “ il faut que vous courriez une demie-heure pour vous sentir bien”, il va se dire “je m’en fout, je vois pas l’intérêt”. Alors que si je commence à lui expliquer que ça va diminuer ses douleurs, qu’il va pouvoir reprendre telle activité, que ce sera plus facile pour lui après, je mettrai plus une pièce sur le fait qu’il va se motiver à le faire. Et la encore on fait très large parce que c’est moi qui donne un objectif et j’ai horreur de faire ça, il faut que ce soit les gens eux-mêmes qui déterminent leurs objectifs. Nous on est là pour les aider à y arriver.

LKL : Tu parlais des bienfaits de bouger, du mouvement, puisqu’on a parlé des méfaits du cycle de l’immobilité, que ça crée parfois d’autres symptômes qu’on attribue à la maladie et qui ne le sont peut-être pas. Comment le mouvement peut faire baisser la douleur ?

A : C’est une question extrêmement large. Alors je vais essayer de faire simple et de la découper en plusieurs parties. Il y a une partie psychologique ou justement le fait de reprendre du mouvement nous fait dire “la douleur ne m’handicape pas complètement, j’arrive à faire des choses”. Donc d’un point de vue psychologique, ça rassure et on sait que dans la douleur il y a quand même une sphère psychologique – je ne dis pas qui est imaginaire, je dis bien psychologique – qui est importante. Notamment, l’activité physique va avoir des effets anxiolytiques (donc anti-anxiété) et anti-dépressifs. Il faut savoir que la douleur est fortement modulée par l’anxiété et la dépression donc en fait on ne va pas agir directement sur la douleur mais on va agir sur les co-facteurs (donc l’anxiété et la dépression) pour moduler la douleur justement. Donc ça c’est hyper important, c’est hyper intéressant. 

Après que ce soit au niveau cérébral, de pouvoir justement remettre de l’activité physique, ça va libérer tout ce qui est endorphine, enképhaline, etc. Des hormones qui sont liées d’une façon grossière au bien être. Et qui vont justement moduler la douleur.

Pareil, si on fait un sport, une activité physique qui nous plait, on va avoir notre attention focalisée là dessus et non plus sur notre douleur et du coup on va en ressortir en se disant “super, j’ai pas eu mal, j’y ai pas pensé, ça me fait du bien”. Et là, on crée ce que les hypnothérapeutes et les psychologues appellent un point d’ancrage, sur lequel se baser. C’est une sorte de petite maison confortable dans laquelle on peut se réfugier en cas de pépin. Voilà en gros comment l’activité physique va moduler la douleur. Après on gagne en résistance, on gagne en endurance, on gagne en solidité et tout ça va bien évidemment moduler la douleur. Donc après, faire la neuroscience de la douleur par rapport à l’activité physique, c’est des tonnes et des tonnes de recherches et d’articles, il y a des tas de choses très pointues, mais voilà en gros ce qu’il faut retenir : ça module l’anxiété et la dépression donc ça module la douleur, ça libère des hormones de bien être et ça permet de se rendre compte qu’on peut faire plein de choses sans avoir mal. Et ça, pour des patients qui ont des douleurs chroniques c’est très, très, très important.

LKL : C’est ça en fait. Parce que par exemple on va dire que cuisiner, ça me fait mal. C’est peut être pas cuisiner, c’est couper les légumes, c’est peut être me baisser pour chercher la casserole. Et c’est important de noter ça. De noter que c’est pas cuisiner qui me fait mal, mais les activités qui créent de la douleur.

A : Exactement.

LKL : Donc toi et moi on le sait que l’anxiété module la douleur et aussi que la douleur crée de l’anxiété. Mais est ce que tu peux nous en dire un peu plus, vulgariser un peu plus ça ? Parce que en effet, il y a un lien anxiété et douleur chronique mais souvent les gens l’entendent comme “c’est dans ta tête, tu l’as inventé” alors que non, c’est dans ta tête parce que ce sont tes neurones qui s’en occupent.

A : D’accord, je comprends ta question. On va revenir juste sur la définition de l’anxiété. En gros c’est une situation de stress, une situation de peur qui est excessive par rapport aux stimulis, par rapport à ce qui nous entoure. On a peur quand on voit une meute de loups s’approcher de nous, c’est normal, on est anxieux. Après, le trouble anxieux c’est quand on voit des papillons et qu’on devient anxieux, il n’y a pas de raison d’être anxieux (sauf si on a une phobie des papillons, mais bref). Dans l’idée, quand on a mal d’une façon prolongée, on peut se dire “si ça se trouve, j’ai quelque chose de grave ; si ça se trouve, ça ne passera jamais ; etc.” Donc on commence à stresser, pour un oui, pour un non, on commence à devenir anxieux. Maintenant, il y a encore beaucoup de gens qui pensent malheureusement que les troubles psychologiques comme l’anxiété c’est dans la tête, c’est pas “réel”. J’espère pour eux qu’il ne feront jamais de crise d’angoisse et qu’ils ne verront jamais quelqu’un qui fait une crise d’angoisse. Parce qu’il n’y a rien de plus réel que le mal être des personnes qui font des crises de panique. Il y a une accélération du rythme cardiaque, de la fréquence respiratoire, bref, il y a beaucoup d’effets physiologiques, qui sont réels si je peux dire et associés à une sensation de mal être. C’est un peu pareil pour la douleur, c’est aussi notre cerveau qui la crée. Ça ne veut pas dire que c’est dans notre tête, c’est juste que notre cerveau la créer. Si je pince quelqu’un, et que je lui fais mal, c’est un message qui est monté au cerveau depuis l’endroit que je pince, que le cerveau l’a interprété et il a envoyé une réponse douloureuse. Pour ce qui est du lien entre anxiété et douleur, il est largement reconnu quand au fait que l’anxiété module la douleur et que la douleur module l’anxiété. Les gens naturellement anxieux ressentent plus de douleur que les gens non anxieux, ça il faut le savoir. 

Après, au niveau cérébral, si je la fais simple, il y aurait une connectique assez forte entre le circuit de la douleur et le circuit des émotions. Le circuit des émotions c’est un ensemble de structures au niveau du cerveau qui sont interconnectés justement pour produire une émotion, et notamment l’amygdale cérébrale. L’amygdale cérébrale c’est une sorte de petite olive qui est dans le cerveau et quand on l’active, ça peut nous rendre anxieux, elle est très importante dans le schéma de l’anxiété.

On a remarqué aussi que chez des gens qui ont des douleurs, le fait d’inhiber l’amygdale ça diminue les douleurs. Donc vraisemblablement l’amygdale cérébrale aurait non seulement un rôle dans l’anxiété mais aussi un rôle dans la douleur. Est ce que ce sont deux rôles distincts ou le même rôle, ça, on ne le sait pas trop et c’est un peu l’objectif de ma thèse. Mais le lien entre anxiété c’est pas juste j’ai peur et donc j’ai plus mal parce que je suis une chochotte, c’est vraiment un lien entre les structures cérébrales, entre les neurotransmetteurs, entre tous les systèmes, il y a un lien très fort entre anxiété et douleur.

LKL : Merci beaucoup. Ca me semble hyper important à préciser en fait, pour que les personnes qui souffrent de douleurs comprennent ce qui se passe dans leur cerveau aussi et qu’il y a des liens entre tout ça. On n’est pas un corps et un esprit séparés, tu peux pas couper quoi.

A : Par rapport à cette histoire de corps et d’esprit séparé. C’est vrai qu’expliquer comment la douleur fonctionne de façon simple aux gens ça peut être intéressant. Après il peut y avoir deux grands cas de figure : ceux qui vont se dire “ok ça me rassure de savoir que la douleur fonctionne comme ça”, et dans l’autre cas ceux qui vont dire “ok, c’est cool, mais ça m’avance à quoi, j’ai toujours aussi mal”. Et là, ça devient un peu plus compliqué.

LKL : Mais justement dans le deuxième cas, cette personne qui dirait “chouette, merci je sais comment ça marche dans mon cerveau, mais c’est pas pour ça que je vais pouvoir aller tondre ma pelouse”, qu’est-ce toi tu lui proposerais?

A : Cette personne là je lui proposerai déjà de travailler sur les gestes du jardinage que tu as pris comme exemple et de voir un peu comment ça se passe. Et deuxième chose, il y a un truc rigolo à faire – c’est Antony Alimé, un kinésithérapeute français qui fait beaucoup de recherche qui m’a fait découvrir ça – ce qu’on appelle l’analgésie induite par l’exercice. Pour faire plus simple c’est l’exercice anti-douleur. Je crois qu’à l’époque, Anthony avait parlé de faire tester à des patients qui ont mal au dos, aux lombaires, de faire la chaise pendant genre 45 secondes. Et bien ces gens là faisaient la chaise pendant 45 secondes, et on peut se dire “qu’est ce que ça a à voir avec le dos. Et en fait, ces gens au bout de 45 secondes n’avaient plus mal au dos. Et bien moi souvent aux réfractaires du blabla, je vais leur faire tester cette analgésie induite par l’exercice pour qu’ils se rendent compte qu’en effet la douleur c’est modulable à ce niveau là, “pourtant on a fait un truc qui n’avait rien à voir, et là, j’ai moins mal”. Et là pour eux en fait c’est déjà une nouvelle perspective, une nouvelle porte qui s’ouvrait en se disant “en fait je peux me sentir mieux en faisant des choses simples”. Bien sur, ils vont me dire “je ne vais pas faire la chaise toute ma vie pendant 45 secondes”, bien sûr que non, mais l’idée en fait c’est de vous rendre compte que grâce à l’exercice, et grâce à l’exercice “intense”, on peut moduler vos symptômes déjà pour le court terme. Et petit à petit, en reprenant confiance en vous et en vous améliorant, en mettant des échelons à votre échelle, cette douleur elle va juste disparaître.

LKL : J’ai juste une dernière question. Pour les patients dont mois je faisais partie, qui sont en errance médicale, qui ont des douleurs chroniques et puis il y a plusieurs pathologies possibles mais pas de tableau franc encore, mais qui en fait s’en fichent un peu du diagnostic et veulent surtout aller mieux. Les kiné c’est comme toutes les professions, il y a des gens très bien et des gens qui n’en ont rien à foutre. Comment on reconnaît quelqu’un qui va nous aider et avec quoi on arrive pour notre première séance chez le kiné ?

A: Alors ça, c’est une question un peu bâtarde en plus que tu me poses. Alors loin de moi la prétention d’être un bon kiné. J’ai la prétention d’être un bon être humain. Et du coup, pour moi quelqu’un qui va vous aider, c’est avant tout quelqu’un d’humain. C’était une patiente un jour qui avait dit ça : “ avant d’être soignant/soigné on est humain/humain”. J’ai trouvé ça très fort parce qu’en fait, quelqu’un qui va prendre le temps de vous écouter et qui ne va pas vous couper la parole. Il y avait eu des études qui avaient été faites chez les docteurs et on coupait la parole au patient toutes les 15 secondes, ce qui est juste dramatique. Quelqu’un qui va vous aider, c’est quelqu’un qui va prendre le temps à la première séance de vous écouter et qui va au moins essayer de creuser un petit peu. Le thérapeute que vous allez voir “bonjour, j’ai mal au dos depuis deux ans quand je fais ci, quand je fais ça” et qui vous dit “ok mettez vous debout, on va regarder et on va commencer tout de suite”, pour moi c’est pas ma définition d’une bonne thérapie. C’est bien, il va s’occuper de vous, etc, et ça va surement fonctionner. Mais pour moi le bon thérapeute c’est celui qui va vraiment vous écouter, quelqu’un qui va essayer de vous connaitre pour mieux vous comprendre. Parce que moi, je pars du principe que la solution elle est en chacun de nous, elle ne dépend pas des autres. Le rôle du thérapeute, et je vais parler du rôle du kiné, c’est de faire prendre conscience aux gens des solutions qui existent. Moi je suis pas là pour faire chier les gens en leur disant il faut faire vos abdos, il faut faire vos pompes, etc. Non, moi je suis là pour dire “on va essayer des choses, on va voir ce qui vous correspond et à partir de ça, ensemble, on va construire un programme pour que vous alliez mieux et que vous n’ayez plus mal du tout”. Et pour moi, si on fait ça sans connaitre la personne, c’est impossible. Un exemple très bête que j’aime bien prendre avec mes étudiants c’est quand vous invitez une fille à boire un verre, c’est cool, vous allez lui offrir un verre de vin sans lui demander son avis alors que si ça se trouve elle n’aime pas le vin. Alors que si vous aviez pris le temps, cinq minutes de lui demander ce qu’elle aime boire, ce qu’elle aime manger, quel type d’endroits elle aime, alors vous êtes sûr d’emballer parce que vous savez ce qu’elle aime. Avec un patient c’est exactement le même type de raisonnement. Si on balance un programme sans s’être intéressé au patient, vous avez toutes les chances pour que ça foire. Par contre si vous savez ce que la personne aime, ce qui lui fait peur, quelles sont ses croyances sur la douleur, sur sa pathologie, etc, il y a toutes les chances pour que ça se passe bien. Il y a vraiment toutes les chances. Ça prendra peut être du temps, très souvent ça prend du temps. Mais le but c’est pas de suivre cette personne pendant un an, c’est de suivre cette personne pendant un mois, deux mois, par exemple pour voir si elle a bien trouvé ses armes pour lutter face à son problème. Parce que c’est pas vous qui la soignerez, c’est elle même qui va se soigner.

LKL : Moi ça fait partie de mes slogans “tu as la réponse en toi” parce que c’est ma manière de coacher, sans induction et sans conseil et d’aider la personne à aller chercher sa façon à elle et ses réponses qu’elle a en elle. Parce que ma croyance c’est que si tu engages la personne sur ses valeurs à elle et ce qui lui correspond, elle va tout défoncer quoi.

A : Et ça, ça renvoie à – je crois qu’il y a un nom à ce trio – c’est le trio bourreau, victime sauveur.

LKL : Oui le triangle dramatique.

A : Oui, le triangle dramatique où la victime ce sera le patient, le bourreau la douleur et le sauveur ce sera le kiné. Ce triangle est juste toxique au plus haut possible. Pourquoi ? Parce que ça veut dire qu’il y a une victime et ça déjà c’est grave. On n’est pas victime de soi, on ne subit pas non plus, c’est plutôt qu’on n’a pas trouvé le bon mode d’action. Moi je préfère le voir comme ça. Parce que en gros dans la vie il y a deux types de personnes. Il y a ceux qui agissent et ceux qui subissent. Et ceux qui subissent pour moi c’est juste qu’ils n’ont pas trouvé le bon mode d’action. Et pareil, si après le kiné c’est le sauveur et qu’il n’a pas réussi à sauver la personne, en une ou deux séances, cette personne va se dire “mais en fait je suis condamné à souffrir parce que même des professionnels n’y arrivent pas”. Donc en fait il faut absolument sortir les gens de cette optique là, et leur montrer que le sauveur c’est eux, que la victime c’est eux et que le bourreau c’est eux. En fait c’est un peu comme quand on va chez le médecin, qu’il nous donne un médicament, qu’on le prend et qu’une semaine après ça va mieux. On va se dire “ah super, le docteur nous a bien soigné”. Ce qui est en partie vrai et en partie faux. Pourquoi ? Parce que c’est le docteur qui a posé le diagnostic et qui a trouvé la bonne molécule, mais la personne qui a fait l’action de prendre le médicament, c’est pas le docteur. Qui vous a guéri? C’est bien vous.

LKL : Oui, c’est vraiment le patient. Voilà ce que tu dis c’est sortir de ce rôle de victime et replacer sa santé et ce qu’on veut faire de sa vie – parce que parfois il y a des diagnostics ou il n’y a pas de guérison possible ou d’amélioration possible – mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire.

A : Bien sur. Après est-ce qu’il n’y a pas de guérison possible, je n’en sais rien. Après si on parle des grosses pathologies neurologiques, cancer, etc, bon ok. Pour ce qui est des cas de douleur, c’est tellement complexe, c’est tellement intrinsèquement lié à notre état psychologique et social qu’en fait il y a beaucoup de choses à faire. Il y a énormément de choses à faire et la douleur n’est clairement pas une fatalité. C’est un symptôme. La douleur n’est pas une pathologie. Donc il y a énormément de choses à faire. Ne serait-ce qu’il y a des personnes, on leur dit de dormir un peu plus et un peu plus tôt et qui ont moins mal. Enfin parfois, il y a des petites choses qui sont juste incroyables et les personnes vont beaucoup mieux, alors qu’on se disait “il faudra du temps”. Parfois juste en modifiant un petit truc, ça va mieux. Donc la douleur, non, n’est pas une fatalité et il y a beaucoup de choses à faire. Et encore une fois, soit on subit, soit on agit. Il faut toujours agir. Toujours retenir “qu’est ce que je peux faire, qu’est ce que je ne peux pas faire” et ce que je ne peux pas faire, comment je peux le moduler pour justement y arriver. Ça c’est un peu un conseil de vie global. Et ça s’applique très bien à la douleur.

LKL : C’est ça, du coup reprenez votre place, sortez du triangle dramatique et de la position bourreau – victime – sauveur, bougez, réintroduisez du mouvement dans vos vies, selon votre condition et vos restriction.

Et puis on peut te suivre sur instagram c’est ça ?

A : Oui, c’est ça : @cerveaumuscle et puis j’ai aussi mon petit site web, c’est sur ma page insta mais pour ceux qui n’ont pas insta c’est cerveaumuscle.alwaysdata.net ou je présente mes petites vidéos où je vais casser certains mythes. Par exemple la posture sacrée des douleurs ou le froid ça permet de maigrir. Je vais présenter des thématiques santé, aussi notamment j’en ai fait une grosse sur l’anxiété et quelques infographies un peu plus techniques mais qui peuvent je pense intéresser du monde.

LKL : Merci beaucoup d’être là virtuellement.

A : Merci. Et en mot de fin, bougez avec le sourire et avec le plaisir, toujours. C’est le plus important, du plaisir dans la vie.

LKL : Merci à toi aussi d’avoir écouté cet épisode jusqu’au bout. Si tu veux être accompagné à accepter ta différence et trouver ta mission de vie, je propose un accompagnement individuel. Si tu as aimé cet épisode, laisse une bonne note sur la plateforme de ton choix ou un commentaire pour m’aider à le faire connaître. Force et amour à toi.


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